• Elinna T. Higg

Correspondance 2.0 - 1. Prologue




PROLOGUE


« Savoir vivre seul est une condition essentielle pour qui veut conserver intactes,

en toutes circonstances, la dignité de ses mœurs et la sincérité de son caractère. »

Les esquisses morales (1849), Marie d'Agoult


Il existait des douleurs invisibles, des afflictions viscérales dont il était impossible de se débarrasser. Des souffrances qui faisaient partie intégrante de l'âme. Elles étaient constantes et perfides. Elles se camouflaient dans les veines, imprégnaient le moindre des pores de la peau. Elles étaient vives et indélébiles.


Luna en avait pleinement conscience, victime de ces tourments éternels. Ni malade, ni blessée, elle était simplement rongée par un mal vicieux qui n'avait pas de nom. C'était une part de son être, un fragment d'elle-même dont elle ne pouvait pas se séparer. Cette meurtrissure imperceptible se propageait sans cesse, envahissait ses sens, puisait dans ses dernières forces, la transformant en une jeune fille insensible et épuisée.


La déprime.


Elle n'avait aucune raison, aucune cause. Elle planait dans l'air et brisait ses espoirs. Elle la possédait depuis des jours, des semaines, des mois. Elle l'avait rendue fragile, l'isolait de son entourage, la faisait suffoquer.


Le monde autour d'elle ne remarquait rien. Il ne comprenait pas qu'elle était perdue, qu'elle courrait vers sa fin. Personne, pas même ses amis ou ses parents, ne percevait son mal-être. Ils ne voyaient pas qu'elle se s'égarait dans les méandres de son esprit, qu'elle s'interrogeait sur la réalité. Que dès qu'une personne lui demandait comment elle allait, dès que les mots «ça va» s'évaporaient dans l'air, elle avait envie de crier, de se faire saigner. Pourtant, elle souriait. Elle souriait et elle acquiesçait. Sa bouche disait oui alors que tout son être hurlait non.


Et, dans sa tête, la voix insidieuse continuait de susurrer :

Tu es étrange.


Alors, elle fermait les yeux et s'évadait en rêves. Mais les questionnements restaient. Les doutes et la peur aussi. Et surtout, la certitude que personne ne la comprendrait jamais. Que ses parents lui demanderaient pourquoi si elle leur révélait la vérité. Que ses amis la jugeraient. Que tout son entourage lui affirmerait qu'elle avait tout pour être heureuse, que cette déprime n'avait aucun sens, qu'il fallait seulement qu'elle réagisse.


Tu es étrange.


Ils ne s’inquiéteraient pas, mettraient cela sur le dos d'une crise d'adolescence tardive. Mais elle, elle savait. Elle savait qu'elle était ainsi, que cette brisure en elle ne disparaîtrait jamais, quand bien même elle n'avait aucun fondement.


La seule personne qui prendrait ce mal au sérieux serait Gabriel. Il était trop vrai, trop attaché. Il était elle et elle était lui. Ils étaient ensemble, depuis toujours, si bien qu'il souffrirait autant qu'elle si la vérité venait à se savoir. C'était précisément pour cette raison qu'elle garderait tout cela dans un coin de son cœur. Qu'elle se tairait et subirait en silence.Qu'elle endurerait ces chuchotements qui la glaçaient.


Tu es étrange.

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©2021 par L. Ross/Elinna T. Higg

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